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		<title>Wiki livre Netizenship - Contributions de l’utilisateur [fr]</title>
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		<updated>2026-04-07T19:48:52Z</updated>
		<subtitle>Contributions de l’utilisateur</subtitle>
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		<id>https://www.netizen3.org/index.php?title=Lettre_d%27une_netizen_en_2025&amp;diff=1864</id>
		<title>Lettre d'une netizen en 2025</title>
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				<updated>2010-09-07T14:47:02Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;85.1.225.38 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Septembre 2025, à Lyon&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ma petite puce adorée,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toi qui est née avec un iPad entre les mains. Toi qui n’a jamais connu les consoles Atari, le minitel ou le tourne-disque. Toi qui a su prendre des photos avec mon mobile avant même de savoir compter. Toi qui n’imagine plus passer une seule journée sans t’engouffrer dans un réseau social.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sache que ta petite maman, enfant, n’a connu que la radio et la télévision… (non, ne pleure pas, ce n’est pas grave !) C’était tout de même bien mieux que tes grands-parents qui n’ont découvert le petit écran qu’à leur adolescence (et en noir et blanc en plus). Même ton papa, né au Brésil durant la dictature militaire, m’a avoué il y a quelques années n’avoir eu sa première télévision qu’à l’âge de 10 ans.  Nous étions loin d’être des Digital Native, et surfer sur un objet tactile relié à un réseau planétaire, cela ne nous aurait jamais traversé l’esprit !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, tout s’est fait de manière silencieuse. Presque naturelle. Un jour, à l’aube de mes 14 ans, Papi Gérard est rentré du travail avec un énorme carton entre ses bras. Ta tante et moi avons été prévenues une bonne centaine de fois de la fragilité et du coût (visiblement prohibitif) de l’objet. Ton Grand-père a alors déballé son nouveau jouet : un ordinateur de bureau, composé d’un écran aussi lourd que notre télé (et pas du tout plat !), d’une unité centrale rutilante, d’un clavier et d’une petite « souris ». « Wouaaaa ! Pincez-moi, je rêve ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant les années qui ont suivi, « l’ordi » trouva sa place au fond du salon. A l’abri des regards indiscrets et de la télé qui semblait ne pas voir d’un très bon œil son arrivée dans notre famille. Grand-père faisait sa comptabilité avec les géniaux petits logiciels de Bill Gates (mais oui tu sais bien le père fondateur de Microsoft, ça ne te dit rien ? Fais une petite recherche sur Wikipédia ma fille !), ta tante tapait ses premiers devoirs sur Word, quant à moi, je tentais de comprendre les règles d’un jeu sur CD Rom dont tu te moquerais bien volontiers aujourd’hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis les saisons défilèrent aussi vite que les trimestres au lycée. Le bac en poche, je poursuivis mes études à Paris. Ce fut à cette époque que le mot Internet prit un réel sens à mes yeux. Je me rappelle comme si c’était hier de ma première fois : la première fois que j’ai créé une adresse mail (la même depuis 25 ans). La salle informatique du campus ne comptait qu’une quinzaine de machines. Toutes, le plus souvent occupées. J’attendais alors patiemment mon tour. Une fois connectée, je découvrais avec frayeur et émerveillement toutes ces informations accessibles en un clic. Je commençais à taper sur le clavier aussi vite que mon ombre. Une vraie Lucky Luke de l’informatique ! Mais l’addiction n’avait pas encore pointé le bout de son nez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce ne fut qu’en 2005 que cette immense  toile d’araignée changea littéralement ma vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour de printemps, dans les ruelles sombres de la Croix Rousse à Lyon, j’ai eu la chance de croiser la route de drôles de personnages. Des web addict, ceux qui avaient connu l’éclatement de la bulle internet en 2000 et qui préparaient le web des prochaines années : le web 2.0. Cette petite communauté de geek m’a fait découvrir un monde parallèle que je ne connaissais pas jusqu’alors : celui des blogs, des wiki, des réseaux sociaux, des plateformes de partage, du streaming…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation fut aussi douce que brutale : permettre à tout un chacun de s’exprimer, de faire valoir son talent, de partager ses idées, ses opinions… Je faisais partie de cette « secte » qu’Andrew Keen haïssait. Pourtant, aussi loin que je m’en souvienne, cette passion pour le web collaboratif ne m’a apporté (presque) que du bonheur !&lt;br /&gt;
Sans ce nouveau web, je n’aurais jamais vécu tant de rencontres passionnantes, d’amitiés, d’expériences, de surprises, de projets professionnels…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tu veux connaître mon secret ? Eh bien, il demeure dans une équation très simple : lier sans cesse le virtuel au réel. Et le réel au virtuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n’ai jamais conçu Internet comme un univers fermé où l’anonymat, la rumeur, les attaques mesquines et la désinformation primaient. Non. Internet était pour moi la meilleure technologie pour tisser des liens, imaginer, créer… ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle sensation merveilleuse de découvrir en chair et en os une personne avec qui j’avais échangé quelques mails auparavant! Quel plaisir de débattre avec un internaute connecté à l’autre bout du monde! Quel bonheur aussi de pouvoir s’endormir aux côtés de son fiancé, parti à l’étranger, grâce à MNS ou de conserver une amitié intacte avec des proches expatriés grâce à skype!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je pourrais te raconter des dizaines d’anecdotes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme cette journée où dans les bureaux du premier réseau social français de l’époque (« Copains d’avant »), une collègue m’expliquait de quelle manière utiliser Facebook, l’ennemi juré de mon patron. Comment ne pas te parler aussi du Bondy Blog, cette formidable aventure humaine, parti d’un simple… blog. Comment oublier ces soirées de débats animés sur les nouveaux usages du web, ces heures perdues où, avec des collègues, nous refaisions le « monde » des médias.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bon, je te rassure, ta chère mère n’est pas parfaite. Loin de là ! Moi aussi, comme tant d’autres, je me suis fourvoyée dans le culte de l’amateur. Moi aussi j’ai lu sans recul des pages de Wikipédia et d’autres sites dont les sources étaient aussi friables que tes gâteaux au chocolat. Eh oui, moi aussi je me suis laissée aller à quelques (non beaucoup en fait !) élans narcissiques sur Facebook ou Orkut.&lt;br /&gt;
Les vidéos stupides ?  Je ne vais pas te mentir. Bien sûr que j’ai rigolé comme une sotte devant des spots de chats « trop mignons » ou les frasques de Rémi Gaillard (ce n’est pas de ton époque, mais va jeter un coup d’œil je suis certaine que tu vas adorer !).&lt;br /&gt;
Le web m’a offert de grands moments de fous rires, de grands moments d’inculture, saupoudrés d’une féroce addiction facebookienne qui exaspérait ton père au plus haut point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ton père d’ailleurs n’était pas le dernier quand il s’agissait de faire des bêtises sur le net. C’était lui le cerveau de la famille pour télécharger des films sur Mégaupload ou acheter des choses inutiles sur CDiscount (le pire était tout de même ton oncle Ludovic que nous avions surnommé Ebayman )&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faute avouée, à moitié pardonnée… Eh oui ma fille, tes parents ont piqué des œuvres sur le web. Mais tes parents allaient aussi au ciné, au musée, étaient inscrits à la bibliothèque et allaient de temps à autre acheter un livre et un disque à la Fnac (les disques pas vraiment finalement, nous préférons chanter qu’écouter, à ton grand désarroi je sais ;-) .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’oublie jamais une chose ma puce, Internet, c’est comme la vie : il faut donner pour recevoir. Et jamais le contraire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par Pascale Lagahe-Oliveira dos Reis''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>85.1.225.38</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>https://www.netizen3.org/index.php?title=L%27Homo_Numericus_habiterait_Gen%C3%A8ve&amp;diff=1863</id>
		<title>L'Homo Numericus habiterait Genève</title>
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				<updated>2010-09-07T14:46:20Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;85.1.225.38 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;« Si j’avais eu à choisir le lieu de ma naissance, j’aurais choisi une société d’une grandeur bornée par l’étendue des facultés humaines, c’est-à-dire par la possibilité d’être bien gouvernée, et où chacun suffisant à son emploi, nul n’eût été contraint de commettre à d’autres les fonctions dont il était chargé : un État où tous les particuliers se connaissant entre eux, les manœuvres obscures du vice ni la modestie de la vertu n’eussent pu se dérober aux regards et au jugement du public, et où cette douce habitude de se voir et de se connaître, fît de l’amour de la patrie l’amour des citoyens plutôt que celui de la terre. » Au moment d’entamer son &amp;quot;Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes&amp;quot;, Jean-Jacques Rousseau choisit par une dédicace de rendre hommage à sa patrie natale, la République de Genève, dont il célèbre les vertus démocratiques et qui lui permet, dit-il, de définir les contours d’un gouvernement exemplaire. L’expérience de la citoyenneté tel que la décrit Rousseau est passablement exotique pour le français que je suis, pour qui cette expérience est davantage théorique que pratique, déléguée à l’Etat qu’appropriée par l’ensemble des citoyens, opaque plutôt que transparente, et en tout cas, bien peu fondée sur l’ »amour des citoyens », surtout sous certains gouvernements….&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est bien plus familière en revanche, pour l’internaute que je suis devenu, qui fit l’expérience dès ses premiers pas dans le cyberespace de ce qu’on pourrait appeler une citoyenneté de proximité. Cette citoyenneté dont la définition ne suppose pas l’Etat, s’épanouit dans les mille espaces collectifs, de plus ou moins grande taille, plus ou moins élaborés, qui forment la véritable structure d’Internet : listes de discussions, forums publics, blogs où naissent de véritables espaces de discussion, espaces de partage et systèmes collaboratifs comme les wikis, jusqu’à Wikipédia qui constitue, à mon avis, l’exemple le plus élaboré à l’heure actuelle de ce qu’est la citoyenneté numérique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était il y a presque dix ans. J’avais créé mon site Web, Homo Numericus, quelques temps auparavant, que je concevais comme beaucoup de gens à l’époque, à la main, page par page, avec un logiciel de conception de site du type Dreamweaver. Puis je découvre l’univers des CMS, ces logiciels de gestion de contenus sur le Web, qui permettent de publier très facilement des articles sur un site. Bien entendu, je commence par tester le standard de l’époque : Phpnuke, mais qui me rebute du fait de sa complexité technique et des nombreux bugs qui en empĉchent le fonctionnement. Et voici Spip, Système de Publication pour l’Internet Partagé, un logiciel libre aussi, mais beaucoup plus facile à installer et utiliser, disposant de nombreuses fonctionnalités et d’un système de gabarits permettant de personnaliser facilement l’apparence de son site.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce n’est pas pour ses qualités techniques que ce logiciel m’a plu et que je l’ai adopté. C’est bien plutôt la qualité de la communauté humaine constituée par l’ensemble de ses utilisateurs et de ses développeurs qui m’a séduit et l’accueil fait au newbie que j’étais sur la liste de discussion des utilisateurs du logiciel. Contrairement à ce que l’on dit mécaniquement, l’expérience de la citoyenneté ne se vit pas dans le secret de l’isoloir – c’est une expérience anecdotique – mais bien plutôt dans la « mise en commun des paroles et des actes” selon la belle expression d’Annah Arendt, que constitue l’insertion au sein de collectifs humains. Or, jusque là, mon expérience des collectifs – partis politiques et associations – était peu engageante, faite pour l’essentiel de réunions un peu glauques à deux pelés et trois tondus après les heures de bureau. Sur la liste de discussion de Spip, j’ai trouvé au contraire ce qui constituait à mon grand étonnement un veritable espace public, dynamique et vivant, rassemblant toujours plus de personnes, plus de 1400 aujourd’hui, échangeant toutes sortes d’informations et d’opinions sur tous les sujets relatifs au logiciel : des trucs et astuces pratiques bien sûr, mais aussi de véritables discussions sur les orientations générales du développement du logiciel, sur la notion de logiciel libre, et plus largement sur la régulation d’Internet, mais aussi, plus étroitement, sur la régulation de la liste elle-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est en effet une caractéristique importante de ce type de liste qu’une partie des messages construisent des discussions « méta », sur la manière dont les échanges doivent se dérouler sur cet espace ; les comportements acceptables et ceux qui ne le sont pas, comment gérer les inombrables conflits qui émaillent ces échanges, comment permettre à tous de participer, et surtout, comment auto-réguler cet espace sans chef, gouvernement ni police. En bref, ce qu’on appelle la netiquette. J’ai donc d’abord fait l’expérience d’un collectif ouvert, sans barrière, et basé sur l’entraide, c’est-à-dire permettant à l’utilisateur, aidé par d’autres lorsqu’il débute, d’être très rapidement en position d’aider à son tour, et de faire évoluer sa participation à la communauté vers des formes plus élaborées : rédaction de documentation, organisation de formations et d’événements, actions de communication, partage de gabarits, jusqu’à l’écriture du code lui-même. La vidéo qui suit montre l’agrégation, année après année, de nouveaux développeurs qui viennent aider à la programmation du logiciel, sur la base du seul volontariat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Historique du développement de SPIP from mortimer on Vimeo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autrement dit, j’ai trouvé là un espace collectif accueillant au nouveau venu et mettant concrètement en oeuvre une véritable politique d’intégration, plutôt inverse de celle que nous expérimentons actuellement au sein des espaces nationaux. Je dois donc dire que c’est sur cette liste, cette « Cyber-Genève » en quelque sorte, et quelques autres espaces publics en ligne où je me suis investi depuis, que j’ai fait mon éducation politique en ligne. Celle-ci s’est faite au moyen de l’apprentissage concret parce que basé sur la proximité, d’une sociabilité particulière qui me semble être au fondement de la citoyenneté numérique. Le sociologue Nicolas Auray a montré, à propos de la communauté des développeurs et des utilisateurs de la distribution Linux Debian, que celle-ci devait s’appréhender comme une cité politique ayant adopté ses propres lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Internet est une zone de non-droit » ; « Internet est un danger public parce que c’est la possibilité pour n’importe qui de dire n’importe quoi », c’est le « tout à l’égout de la démocratie » . Les déclarations abruptes, prononcées par quelques personnalités politiques ou médiatiques, témoignent de l’incapacité de ceux qui dominent un espace public traditionnel, structuré par l’Etat Nation et les mass media, à comprendre les lois fondamentales de fonctionnement d’Internet. Car celui-ci n’est pas réductible à des « tuyaux », ni même à des « autoroutes de l’information » comme on disait dans les années 90, expressions impliquant un flux héraclitéen, un écoulement perpétuel sans permanence ni résidence, qui n’autorise donc aucune politique possible, sinon imposée de l’extérieur desdits tuyaux. Internet est un cyberespace, c’est-à-dire d’abord un espace, et même un espace habité et public comme le proclamait JP Barlow en 1996. Mais là où La Déclaration d’indépendance du Cyberpespace faisait fausse route, c’est lorsqu’elle construisait un espace politique unifié en miroir inversé de cet autre, dominé par « les géants fatigués de chair et d’acier ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut bien plutôt se représenter le cyberespace comme un espace fragmenté, en mille-feuilles, où se juxtaposent des centaines de millions d’espaces autonomes, auto-régulés, et aussi en interaction les uns avec les autres. Des listes de discussion aux forums, des blogs aux wikis, des BBS aux réseaux sociaux, de Usenet au Web 2.0, des jeux massivement multijoueurs aux univers virtuels, c’est la même histoire qui se joue, selon des modalités différentes : c’est la construction d’espaces politiques locaux et interconnectés, c’est l’apprentissage invisible pour des centaines de millions de gens d’une sociabilité de proximité et d’une citoyenneté à taille humaine. Cette citoyenneté, je l’ai apprise sur la liste Spip il y a dix ans – en cyber-papy que je commence à devenir, tandis que des millions de jeunes sont, d’une manière ou d’une autre, en train de l’apprendre à leur tour dans World of Warcraft et sur Facebook. La sociologue Danah Boyd a d’ailleurs bien montré à propos des ces derniers, quel rôle important ils pouvaient jouer dans la construction de l’identité en société des adolescents qui en sont les principaux utilisateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est très exactement à ce niveau que se pose, à mon avis, la question de l’éducation à la citoyenneté sur Internet : celle-ci passe moins par des injonctions globales à respecter des lois nationales abstraites (droit de propriété intellectuelle, droit à l’image), que par l’apprentissage à participer à la vie d’un espace collectif concret qui se donne à lui-même ses propres lois. Etre un citoyen, pensait Rouseau, ce n’est pas obéir aux lois, c’est obéir aux lois qu’on se donne. La question doit être posée dans les mêmes termes, mais dans des conditions matérielles différentes à l’heure des technologies numériques : ces technologies sont-elles ouvertes ou exclusives, favorisent-elles des relations sociales conflictuelles ou coopératives et, avant tout, encouragent-elles l’autonomie ou l’hétéronomie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cyberespace est le contraire du « village global » que prédisait McLuhan. Gibson se le représentait plutôt comme une une sorte de métropole virtuelle « glocalisée » : faite d’un réseau de communautées différenciées mais interreliées dans un espace informatique et sémiotique commun. L’expérience de la citoyenneté qui en découle peut-être positive ou négative. Certaines communautés sont ouvertes et accueillantes, comme celles que j’ai eu la chance de connaître, d’autres sont intolérantes et violentes, abominables pour certaines d’entre elles. Il reste que ce paysage nouveau, dans sa diversité, definit les conditions concrètes dans lesquelles nous exerçons notre citoyenneté aujourd’hui. Nous habitons Genève. Il va bien falloir s’y habituer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par Pierre Mounier''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>85.1.225.38</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>https://www.netizen3.org/index.php?title=Soir%C3%A9e_angoissante_d%27un_citoyen_num%C3%A9rique&amp;diff=1862</id>
		<title>Soirée angoissante d'un citoyen numérique</title>
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				<updated>2010-09-07T14:45:35Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;85.1.225.38 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;	Le soleil dardait ses derniers rayons de la journée. Une journée particulièrement radieuse pensais-je, en parcourant le site internet d’un des cinq quotidiens d’information du pays. Il titrait sur le projet de loi sur la cybercriminalité que le gouvernement avait transmis au parlement. J’en ai fait copie à quelques  amis bien au fait de la question. Ne dit-on pas qu’ « un homme bien informé est un citoyen. Mal informé c’est un sujet » ? Des amis rencontrés aux quatre coins du monde, au cours de mes « longs voyages » dans les méandres des réseaux sociaux. De vrais potes que je n’avais pas encore vu, et avec lesquels j'avais encore moins partagé un verre. Disons des potes numériques. Au milieu d’environ 600 millions d’abonnés aux réseaux sociaux, j’avais tout de même retrouvé avec beaucoup d’émotion, près d’une cinquantaine d’amis de ma tendre enfance dont j’avais perdu la trace depuis des dizaines d’années, éparpillés qu’ils étaient dans toute la planète. Les grandes organisations internationales qui dirigent le monde ne sont pas en reste. Les Nations Unies, l’OMC et autres ont toutes investi le Web 2.0. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Déjà dans la matinée, je répondais à un questionnaire mis en ligne par la Banque Mondiale. Elle souhaitait par ce biais « recueillir les avis d’un large éventail de parties prenantes afin d’aider la Banque mondiale à élaborer une stratégie qui tienne compte des besoins évolutifs du continent. » Avec la fierté d’un homme qui participe aux prises de décision de l’Agora, j’ose espérer que mes propositions sur la résurrection du Fonds Mondial de Solidarité Numérique prospèreront. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Autant je communique avec les organisations internationales, autant il m’est difficile de communiquer par internet avec les administrations de mon pays, avec la mairie de mon village. A peine 3% de nos édifices publics sont connectés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Autant je communique avec mes amis en Europe ou aux Etats Unis, autant je suis déconnecté de mes cousins restés au village. Et que dire de mes oncles et tantes du village qui ne connaissent ni la langue de Molière, ni celle de Shakespeare : les langues de l’Internet. Une phrase me revient à l’esprit «  Ce qui n’est pas sur Google n’existe pas !! » &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
	Vlaamm !! La porte s’ouvre. C’est Fifi, ma nièce, qui entre en trombe, haletant et transpirant à grosses gouttes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« Tonton ! C’est grave ! dit-elle sérieuse, « regarde cette offre d’emploi. Elle est comme taillée pour moi. Seulement il faut envoyer sa demande U-NI-QUE-MENT par internet. Et le dernier délai c’est aujourd’hui. Je suis sûre  qu’ils trouvent là un moyen  d’écarter les pauvres comme nous. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« Dis plutôt  les analphabètes du 21e siècle ».  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Fifi, titulaire d’une maîtrise en sciences Sociales est sans emploi décent depuis 6 ans qu’elle a eu son diplôme.  En dépit de quelques notions d’informatique acquises à l’université, elle ne sait pas se servir de l’outil informatique. &lt;br /&gt;
	&lt;br /&gt;
	« Tu devrais faire un effort !  lui ai-je rétorqué.  Cependant, des chiffres me reviennent à l’esprit « 94% des écoles primaires et secondaires sont connectées à Internet dans les pays riches, contre seulement 38% dans les pays en développement. Ce chiffre est ramené à 1% en Afrique. ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les yeux écarquillés, elle fixe l’écran sur lequel je défile des modèles de C.V.  « Celui là me plait bien. Avec la photo ! Mais où pourrai-je en trouver en  à cette heure-ci ? » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« T’inquiète fifille !» Je sors mon téléphone portable muni d’un appareil photo et quelques clics plus tard la nièce voit son portrait s’afficher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un message du fournisseur d’accès Internet apparaît : « Il vous reste 30 minutes de connexion ». « Qu’est-ce qui se passe ? » interroge Fifi. Je lui explique que pour avoir la connexion internet illimitée je paie un abonnement mensuel et ce dernier arrive à échéance. « Rassure-toi ! Pas besoin de me déplacer. J’ai un compte bancaire virtuel   » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout en navigant sur le site de paiement ligne je lui explique ce que c’est qu’un compte bancaire virtuel. Ce serait une solution pour les 95% de citoyens qui dans les pays africains n’ont pas de compte dans les banques classiques, privant ainsi le système bancaire d’une abondante masse monétaire dont le développement de ces pays  a besoin. Néanmoins, quelques succès story basés sur le téléphone mobile, au Kenya ou en Ouganda suscitent de l’espoir. Elle ne manque pas de me rappeler  que 73% des travailleurs camerounais gagnent moins que le SMIC. Moins de 25 000  FCFA.  Le prix de mon abonnement mensuel. &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
	Le paiement en ligne effectué, j’appuie sur la touche « précédent » du navigateur pour revenir sur la rédaction du C.V.. Malheur ! Cette manipulation relance plutôt l’opération de paiement. Je suis persuadé qu’il s’agit d’un bug. Par bonheur l’opération échoue, mon compte n’avait plus assez de crédit.  Tout de même. Si l’opération avait réussi, de quels arguments juridiques aurais-je pu me prévaloir pour la faire annuler ? Vivement une loi sur le commerce électronique dans ce pays, pour soutenir les projets sur la e-gouvernance, notamment le paiement des impôts en ligne.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Une heure s’est écoulée quand un beau C.V.  et une lettre de motivation illuminent l’écran. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« Tu es un tonton magique. Il manque juste la partie sur mes petites expériences professionnelles» s’exclame Fifi qui me tend un bout de papier sur lequel est écrite l’adresse email du recruteur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’ai à peine eu le temps de sauvegarder dans ma clé USB le fichier contenant la vie de ma nièce que l’écran s’assombrit. Un coup d’œil sur la vue panoramique de la nuit, que m’offre la fenêtre nous fait comprendre que le quartier vient de subir une Coupure de courant.  Ces délestages peuvent durer une journée entière.  Le temps nous est désormais compté. Nous sautons dans un taxi. Je connais un petit cyber café dans un quartier à  l’autre bout de la ville.  Peut être que là bas… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’avais déniché ce cybercafé des mois auparavant : quelque part dans la forêt, la chute d’un rocher avait sectionné des câbles souterrains de la fibre optique privant une bonne partie des 600 000 internautes camerounais de tout lien avec leur « république virtuelle » : banques, compagnies aériennes, ambassades, centres de télémédecine. La colère grondante a contraint le Gouvernement à mettre les bouchées doubles, jours et nuits pour remédier à la panne. Il en vint à bout d’une semaine.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous n’avons plus que 3 heures devant nous quand j’annonce à ma nièce au bord de la crise d’apoplexie qu’il va falloir refaire tout le travail. Le traitement de texte de ce cybercafé est une version ancienne. Il ne pourra pas lire notre fichier saisi dans la toute dernière version. « Finalement  votre internet là c’est de la m… » Fulmine la petite. Tant bien que mal je réussis à calmer cette indigène numérique. Ne suis-je pas un « tonton magique » ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En réalité je n’en mène pas large. Quand je pense que nos données personnelles peuvent être prisonnières d’un éditeur de logiciel. Je frissonne à l’idée que des fichiers d’état civil, des archives, c'est-à-dire des données publiques, puissent un jour devenir inaccessibles du fait d’un éditeur de logiciel qui aurait fait faillite ou pour toute autre raison. Les logiciels libres pourraient être une réponse à cette angoisse de la pérennité des données des services publics. Mais au rythme où les administrations s’équipent en logiciels libres, seule une loi contraignante s’avèrerait efficace.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dix minutes avant minuit, l’écran affiche « message envoyé ». Il était temps. Mais ma nièce n’en est pas pour autant réjouie. « Dis moi Tonton, ma photo qui va se balader sur internet là… tu es sûr que…Il n’y a aucun risque ? » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette préoccupation naïvement exprimée est en fait l’un des défis majeurs de la société de l’information : la protection des données et de la vie privée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’avènement de la société de l’information s’accompagne d’énormes bouleversements dans tous les secteurs (agriculture, finance, transport, média, etc…). La vitesse avec laquelle ces bouleversements se produisent met en question les paradigmes qui fondent la vie de nos sociétés. Les Nations Unies organisent annuellement depuis 2006 un Forum de la Gouvernance de l’Internet. La Gouvernance de l’internet comprise comme&lt;br /&gt;
« l'élaboration et l'application par les Etats, le secteur privé et la société civile, chacun selon son rôle, de principes, normes, règles, procédures de prise de décision et programmes communs propres à modeler l'évolution et l'utilisation de l'Internet. » Elle amène à reconsidérer des concepts tels que la citoyenneté. Comme le dit la sociologue Dominique Schnapper : « la citoyenneté « n'est pas une essence donnée une fois pour toutes, qu'il importerait de maintenir et de transmettre ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pourquoi ne pas aller plus loin qu’un simple Forum de la Gouvernance de l’Internet ?  Vers « une déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen dans la République universelle de la société de l'information à l'image de ce qu'a été la rédaction de la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen en 1789 » comme le suggère Jean-Christophe Frachet ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce faisant, l’accès à l’internet pourra-t-il être un jour déclaré droit humain par l’assemblée générale des Nations Unies, comme cela l’a été pour l’eau le 28 Juillet 2010 ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par Towa Koh Michel''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>85.1.225.38</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>https://www.netizen3.org/index.php?title=Soir%C3%A9e_angoissante_d%27un_citoyen_num%C3%A9rique&amp;diff=1861</id>
		<title>Soirée angoissante d'un citoyen numérique</title>
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				<updated>2010-09-07T14:44:54Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;85.1.225.38 : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;	Le soleil dardait ses derniers rayons de la journée. Une journée particulièrement radieuse pensais-je, en parcourant le site internet d’un des cinq quotidiens d’information du pays. Il titrait sur le projet de loi sur la cybercriminalité que le gouvernement avait transmis au parlement. J’en ai fait copie à quelques  amis bien au fait de la question. Ne dit-on pas qu’ « un homme bien informé est un citoyen. Mal informé c’est un sujet » ? Des amis rencontrés aux quatre coins du monde, au cours de mes « longs voyages » dans les méandres des réseaux sociaux. De vrais potes que je n’avais pas encore vu, et avec lesquels j'avais encore moins partagé un verre. Disons des potes numériques. Au milieu d’environ 600 millions d’abonnés aux réseaux sociaux, j’avais tout de même retrouvé avec beaucoup d’émotion, près d’une cinquantaine d’amis de ma tendre enfance dont j’avais perdu la trace depuis des dizaines d’années, éparpillés qu’ils étaient dans toute la planète. Les grandes organisations internationales qui dirigent le monde ne sont pas en reste. Les Nations Unies, l’OMC et autres ont toutes investi le Web 2.0. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Déjà dans la matinée, je répondais à un questionnaire mis en ligne par la Banque Mondiale. Elle souhaitait par ce biais « recueillir les avis d’un large éventail de parties prenantes afin d’aider la Banque mondiale à élaborer une stratégie qui tienne compte des besoins évolutifs du continent. » Avec la fierté d’un homme qui participe aux prises de décision de l’Agora, j’ose espérer que mes propositions sur la résurrection du Fonds Mondial de Solidarité Numérique prospèreront. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Autant je communique avec les organisations internationales, autant il m’est difficile de communiquer par internet avec les administrations de mon pays, avec la mairie de mon village. A peine 3% de nos édifices publics sont connectés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Autant je communique avec mes amis en Europe ou aux Etats Unis, autant je suis déconnecté de mes cousins restés au village. Et que dire de mes oncles et tantes du village qui ne connaissent ni la langue de Molière, ni celle de Shakespeare : les langues de l’Internet. Une phrase me revient à l’esprit «  Ce qui n’est pas sur Google n’existe pas !! » &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
	Vlaamm !! La porte s’ouvre. C’est Fifi, ma nièce, qui entre en trombe, haletant et transpirant à grosses gouttes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« Tonton ! C’est grave ! dit-elle sérieuse, « regarde cette offre d’emploi. Elle est comme taillée pour moi. Seulement il faut envoyer sa demande U-NI-QUE-MENT par internet. Et le dernier délai c’est aujourd’hui. Je suis sûre  qu’ils trouvent là un moyen  d’écarter les pauvres comme nous. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« Dis plutôt  les analphabètes du 21e siècle ».  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Fifi, titulaire d’une maîtrise en sciences Sociales est sans emploi décent depuis 6 ans qu’elle a eu son diplôme.  En dépit de quelques notions d’informatique acquises à l’université, elle ne sait pas se servir de l’outil informatique. &lt;br /&gt;
	&lt;br /&gt;
	« Tu devrais faire un effort !  lui ai-je rétorqué.  Cependant, des chiffres me reviennent à l’esprit « 94% des écoles primaires et secondaires sont connectées à Internet dans les pays riches, contre seulement 38% dans les pays en développement. Ce chiffre est ramené à 1% en Afrique. ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les yeux écarquillés, elle fixe l’écran sur lequel je défile des modèles de C.V.  « Celui là me plait bien. Avec la photo ! Mais où pourrai-je en trouver en  à cette heure-ci ? » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« T’inquiète fifille !» Je sors mon téléphone portable muni d’un appareil photo et quelques clics plus tard la nièce voit son portrait s’afficher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Un message du fournisseur d’accès Internet apparaît : « Il vous reste 30 minutes de connexion ». « Qu’est-ce qui se passe ? » interroge Fifi. Je lui explique que pour avoir la connexion internet illimitée je paie un abonnement mensuel et ce dernier arrive à échéance. « Rassure-toi ! Pas besoin de me déplacer. J’ai un compte bancaire virtuel   » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Tout en navigant sur le site de paiement ligne je lui explique ce que c’est qu’un compte bancaire virtuel. Ce serait une solution pour les 95% de citoyens qui dans les pays africains n’ont pas de compte dans les banques classiques, privant ainsi le système bancaire d’une abondante masse monétaire dont le développement de ces pays  a besoin. Néanmoins, quelques succès story basés sur le téléphone mobile, au Kenya ou en Ouganda suscitent de l’espoir. Elle ne manque pas de me rappeler  que 73% des travailleurs camerounais gagnent moins que le SMIC. Moins de 25 000  FCFA.  Le prix de mon abonnement mensuel. &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
	Le paiement en ligne effectué, j’appuie sur la touche « précédent » du navigateur pour revenir sur la rédaction du C.V.. Malheur ! Cette manipulation relance plutôt l’opération de paiement. Je suis persuadé qu’il s’agit d’un bug. Par bonheur l’opération échoue, mon compte n’avait plus assez de crédit.  Tout de même. Si l’opération avait réussi, de quels arguments juridiques aurais-je pu me prévaloir pour la faire annuler ? Vivement une loi sur le commerce électronique dans ce pays, pour soutenir les projets sur la e-gouvernance, notamment le paiement des impôts en ligne.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Une heure s’est écoulée quand un beau C.V.  et une lettre de motivation illuminent l’écran. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	« Tu es un tonton magique. Il manque juste la partie sur mes petites expériences professionnelles» s’exclame Fifi qui me tend un bout de papier sur lequel est écrite l’adresse email du recruteur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’ai à peine eu le temps de sauvegarder dans ma clé USB le fichier contenant la vie de ma nièce que l’écran s’assombrit. Un coup d’œil sur la vue panoramique de la nuit, que m’offre la fenêtre nous fait comprendre que le quartier vient de subir une Coupure de courant.  Ces délestages peuvent durer une journée entière.  Le temps nous est désormais compté. Nous sautons dans un taxi. Je connais un petit cyber café dans un quartier à  l’autre bout de la ville.  Peut être que là bas… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	J’avais déniché ce cybercafé des mois auparavant : quelque part dans la forêt, la chute d’un rocher avait sectionné des câbles souterrains de la fibre optique privant une bonne partie des 600 000 internautes camerounais de tout lien avec leur « république virtuelle » : banques, compagnies aériennes, ambassades, centres de télémédecine. La colère grondante a contraint le Gouvernement à mettre les bouchées doubles, jours et nuits pour remédier à la panne. Il en vint à bout d’une semaine.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Nous n’avons plus que 3 heures devant nous quand j’annonce à ma nièce au bord de la crise d’apoplexie qu’il va falloir refaire tout le travail. Le traitement de texte de ce cybercafé est une version ancienne. Il ne pourra pas lire notre fichier saisi dans la toute dernière version. « Finalement  votre internet là c’est de la m… » Fulmine la petite. Tant bien que mal je réussis à calmer cette indigène numérique. Ne suis-je pas un « tonton magique » ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	En réalité je n’en mène pas large. Quand je pense que nos données personnelles peuvent être prisonnières d’un éditeur de logiciel. Je frissonne à l’idée que des fichiers d’état civil, des archives, c'est-à-dire des données publiques, puissent un jour devenir inaccessibles du fait d’un éditeur de logiciel qui aurait fait faillite ou pour toute autre raison. Les logiciels libres pourraient être une réponse à cette angoisse de la pérennité des données des services publics. Mais au rythme où les administrations s’équipent en logiciels libres, seule une loi contraignante s’avèrerait efficace.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dix minutes avant minuit, l’écran affiche « message envoyé ». Il était temps. Mais ma nièce n’en est pas pour autant réjouie. « Dis moi Tonton, ma photo qui va se balader sur internet là… tu es sûr que…Il n’y a aucun risque ? » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 	Cette préoccupation naïvement exprimée est en fait l’un des défis majeurs de la société de l’information : la protection des données et de la vie privée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’avènement de la société de l’information s’accompagne d’énormes bouleversements dans tous les secteurs (agriculture, finance, transport, média, etc…). La vitesse avec laquelle ces bouleversements se produisent met en question les paradigmes qui fondent la vie de nos sociétés. Les Nations Unies organisent annuellement depuis 2006 un Forum de la Gouvernance de l’Internet. La Gouvernance de l’internet comprise comme&lt;br /&gt;
« l'élaboration et l'application par les Etats, le secteur privé et la société civile, chacun selon son rôle, de principes, normes, règles, procédures de prise de décision et programmes communs propres à modeler l'évolution et l'utilisation de l'Internet. » Elle amène à reconsidérer des concepts tels que la citoyenneté. Comme le dit la sociologue Dominique Schnapper : « la citoyenneté « n'est pas une essence donnée une fois pour toutes, qu'il importerait de maintenir et de transmettre ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Pourquoi ne pas aller plus loin qu’un simple Forum de la Gouvernance de l’Internet ?  Vers « une déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen dans la République universelle de la société de l'information à l'image de ce qu'a été la rédaction de la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen en 1789 » comme le suggère Jean-Christophe Frachet ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ce faisant, l’accès à l’internet pourra-t-il être un jour déclaré droit humain par l’assemblée générale des Nations Unies, comme cela l’a été pour l’eau le 28 Juillet 2010 ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par Towa Koh Michel''&lt;/div&gt;</summary>
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