Certification par les pairs : Différence entre versions

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''eRéputation, certification, pairs, bazar, confiance, légitimité, hiérarchie de compétences, hiérarchie de contributions, hiérarchie de statut.''
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Vous voulez vous offrir un petit week-end détente dans une région pittoresque, mais vous n'avez pas de guide à portée de main ? Aujourd'hui, rien de plus simple : un petit tour sur internet et les idées d'excursion abondent ! Mais comment faire votre choix ? Grâce à l'évaluation des autres internautes bien sûr ! On aborde ici le concept de certification par les pairs, une méthode de reconnaissance décentralisée qui délègue aux membres d'une communauté la possibilité de se jauger mutuellement.
 
Vous voulez vous offrir un petit week-end détente dans une région pittoresque, mais vous n'avez pas de guide à portée de main ? Aujourd'hui, rien de plus simple : un petit tour sur internet et les idées d'excursion abondent ! Mais comment faire votre choix ? Grâce à l'évaluation des autres internautes bien sûr ! On aborde ici le concept de certification par les pairs, une méthode de reconnaissance décentralisée qui délègue aux membres d'une communauté la possibilité de se jauger mutuellement.

Version du 11 juin 2013 à 14:35

eRéputation, certification par les pairs, bazar, confiance, légitimité, hiérarchie de compétences, hiérarchie de contributions, hiérarchie de statut.


Vous voulez vous offrir un petit week-end détente dans une région pittoresque, mais vous n'avez pas de guide à portée de main ? Aujourd'hui, rien de plus simple : un petit tour sur internet et les idées d'excursion abondent ! Mais comment faire votre choix ? Grâce à l'évaluation des autres internautes bien sûr ! On aborde ici le concept de certification par les pairs, une méthode de reconnaissance décentralisée qui délègue aux membres d'une communauté la possibilité de se jauger mutuellement.

De nombreux sites fonctionnent sur le mode de la certification par les pairs. Au chapitre voyage, nous avons par exemple le site Trip Advisor, qui vous permet d'évaluer rapidement, grâce aux recommandations des autres voyageurs, la qualité des prestations de la destination que vous avez repérée. La lecture des commentaires sera décisive pour faire votre réservation... Ou pas.

Dans de nombreux domaines, c'est la certification par les pairs qui sera votre premier « critère qualité » : par exemple dans le secteur de la vente de livres en ligne, pour vous assurer de la qualité du contenu d'un ouvrage ; du co-voiturage, pour savoir si votre conducteur est fiable ; ou du couchsurfing (littéralement le surf sur canapé) pour faire confiance à la personne qui va vous héberger.

À vous, désormais, de ne pas vous cantonner au rôle de simple utilisateur ! Vous pouvez enfin endosser celui d'évaluateur : que ce soit pour confirmer la qualité irréprochable d'un service ou pour prévenir les autres utilisateurs de ses éventuelles lacunes. Vous rendez ainsi service à la communauté et vous participez à améliorer la crédibilité du site qui a mis à votre disposition un service gratuit. C'est la logique du gagnant/gagnant !

La certification par les pairs est un outil performant au service des citoyens, d'autant plus efficace que la communauté est nombreuse et fortement impliquée. Difficile dans ces conditions de dissimuler une piètre prestation hôtelière ou un comportement irrespectueux dans le co-voiturage. Avec l'évaluation entre utilisateurs, tout devient transparent.

Ce système permet aussi de pondérer, par exemple, un certain nombre de propos tenus par les autres internautes. C'est l'exemple d'AgoraVox, média citoyen qui traite de tout type de sujets de société : si chacun est libre de commenter un article sur ce site de presse citoyenne, la communauté des lecteurs a aussi la possibilité d'évaluer les commentaires, en donnant des points positifs ou négatifs. Si vous êtes simple visiteur et n'avez pas le temps de tout lire, vous pouvez d'un clic choisir de n'afficher que les commentaires bien notés, et ainsi vous vous épargnez le « bruit », la « pollution informationnelle », c'est-à-dire les commentaires mal notés par les lecteurs-contributeurs précédents.

Car on le sait bien, certains grincheux s'en donnent à cœur joie dès qu'il s'agit de faire des critiques, mais l'ensemble de la communauté peut désapprouver ces réactions, et encourager par une évaluation positive les commentaires les plus constructifs (« j'aime » ou « je n'aime pas »). Ainsi, 15 commentaires agressifs qui reçoivent une faible note, auront bien du mal à exister face à trois commentaires pertinents pour le débat, fortement plébiscités par la communauté des lecteurs.

Égalité des chances

La certification par les pairs se distingue de l'évaluation classique basée sur une hiérarchie de type cathédrale (voir notre article Des cathédrales aux bazars) qui s'appuie sur les avis de personnes autorisées, diplômées, expertes en tel domaine (comme les avis des agences sanitaires par exemple). Il ne s'agit plus d'une validation par un organisme ayant pignon sur rue, mais par ses égaux.

Ce modèle de validation prévaut déjà dans le domaine scientifique, notamment lorsqu'il s'agit d'évaluer la qualité d'une publication avant sa parution dans une revue comme Nature, Science ou PLOS. La limite, dans tout domaine pointu, comme dans l'ensemble des disciplines de la recherche, c'est qu'il est parfois difficile de trouver des personnes avec le bagage suffisant pour évaluer de manière pertinente le travail d'un autre membre.

L'évaluation par les pairs est de plus en plus employée dans le milieu du web, notamment au sein de la communauté du logiciel libre, pour décider de la prise de responsabilités au sein d'un projet. Au lieu de s'en tenir à des critères externes, comme les diplômes ou la reconnaissance dans un milieu professionnel, les membres des différentes communautés d'intérêt désignent leurs responsables :

- soit par vote formel (comme au sein du projet Debian) ;
- soit de manière informelle (dans la plupart des projets).

Ceci n'est pas nouveau, mais cette pratique prend de l'ampleur grâce aux outils numériques du web 2.0, et sort désormais des domaines cantonnés à une élite. Ainsi, même si vous ne présentez pas un cursus académique très fourni, les membres du projet peuvent estimer que votre contribution a de la valeur, que vous n'êtes pas vos diplômes (ni leur absence). Ce qui donne de la valeur à votre point de vue, ce sont vos compétences, le service rendu ou la qualité de vos précédentes contributions.

Il faut espérer que les systèmes de validation des acquis de l'expérience (VAE) prendront en compte de manière plus systématique ce type de reconnaissance afin de :

  • promouvoir l'implication volontaire au sein de projets ;
  • cesser de se reposer sur des systèmes, souvent vieillissants, qui peinent à s'adapter aux changements de paradigme qu'impulse la société de l'information ;
  • donner de la valeur aux avis des membres de ces communautés de pratiques.

Slashdot.org et Linuxfr.org : pionniers de la démocratie karmique

Ces deux sites web respectivement anglophone et francophone, ont été créés en 1997 et en 1998 pour traiter de l'actualité informatique. Ils ont la particularité de permettre aux utilisateurs de commenter librement les contenus publiés. Ce sont eux qui ont inspiré par exemple AgoraVox et un large panel de médias citoyens participatifs.

Afin d'éviter tout abus, remarques fallacieuses ou trolls [1], ils utilisent un système d'autorégulation des usagers inscrits : à chacun d'entre eux est assigné un « karma virtuel » qui augmente lors de toute contribution améliorant la qualité du site et proposant des informations intéressantes. À l'inverse, le karma diminue si les commentaires sont jugés inutiles ou partiaux.

Il s'agit là, probablement, de l'agora la plus raffinée, la plus démocratique et la mieux consciente des enjeux sociotechniques inhérents aux médias sociaux – avec Wikipédia. Méconnus du grand public, ce sont les membres de cette communauté qui, d'une certaine manière, font et défont les technologies en fonction de critères aussi technologiques qu'éthiques.

On peut, symboliquement, surnommer cette gouvernance « démocratie karmique » pour montrer sa forte valeur en terme de conscience citoyenne.

Quiz : Certification par les pairs et réputation en ligne

Question : Certains internautes se méfient d'internet et donnent toujours un pseudonyme quelconque et commun lorsqu'ils contribuent aux forums et autres espaces collaboratifs. Pensez-vous que c'est là un code de conduite durable ? (Plusieurs bonnes réponses)

  1. Ils ont raison car on ne sait pas ce que pourraient exploiter des tiers pour leur nuire dans le futur.
  2. Ils ont tort, car il devient ainsi impossible pour autrui de voir facilement toutes leurs contributions.
  3. Ils ont tort, car une partie de leur vie publique est inexploitable, même si elle pourrait être valorisée par la suite dans un contexte professionnel.
  4. Ils ont tort, car ils risquent de se répondre à eux-même sans le faire exprès au cas où ils retomberaient sur leurs anciennes contributions après avoir changé de pseudonyme.
  5. Ils ont raison d'utiliser un pseudonyme pour les contributions qui pourraient desservir leur image, actuellement ou dans le futur.
  6. Ils ont tort, car leurs contacts ne peuvent remonter jusqu'à d'autres éléments leur permettant de bien s'assurer qu'ils sont légitimes dans leurs contributions.
  7. Ils ont raison car les employeurs font des recherches sur leurs futurs employés et il vaut mieux qu'ils ne trouvent rien.

Source : Quizz eCulture : apprendre à apprendre sur www.quizz.forumeculture.net

Annexes

Réponses au quiz

Bonnes réponses : 2, 3, 5 et 6.

Notes et références

  1. On appelle trolls certains utilisateurs qui adoptent des attitudes fallacieuses pour attirer l'attention sur eux dans un genre d’environnement où tout le monde a le droit à la parole : leur objectif est surtout de se faire remarquer.