Discussion:Conclusion : quelles priorités ?

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AUTRE PROPOSITION


Au fil de cet ouvrage, nous espérons vous avoir convaincu de la pertinence d'un bon usage des outils numériques pour améliorer la gestion et la pérennité des entreprises de demain.

Collaboration, logique de réseau, dynamique de partages basés sur des biens communs : le socle de l'économie numérique est aussi celui de l'économie sociale et solidaire.

Amener ces deux secteurs à se rencontrer pour un bénéfice mutuel, reste néanmoins un enjeu majeur. L'utilisation du numérique se développe, mais il reste encore beaucoup à faire.

Comme le rappelle François Silva, directeur de la chaire économie sociale et management de l'ESCEM Tours-Poitiers[1]: « Avec la démocratisation d'internet, la pratique des outils informatiques s’est largement développée au sein des petites organisations de l’économie sociale et solidaire. Les bénévoles notamment, se sont fortement investis sur internet pour développer des espaces d’échanges et de débats. En terme de communication, internet est apparu pour l’ensemble des petites structures comme un moyen d’assurer leur visibilité et d’affirmer leur spécificité. En terme de gouvernance, le web 2.0 s’est présenté comme une plate-forme propre à habiliter l’ensemble des participants à prendre la parole. À l’opérationnabilité du système d'information (S.I.) interne, s’est articulée la communicabilité du S.I. externe. »

« Les changements s’inscrivent dans le temps, car il est illusoire d’imaginer que les outils vont transformer la vie d’une organisation d’un coup de baguette magique. En réalité, les techniques ne sont acceptées qu’à partir du moment où elles sont socialement acceptables ».[2]

« Dans tous les cas, même si notre société connaît une accélération de ses mutations, les changements ne doivent se faire qu’avec l’adhésion d’une majorité, ce qui prend du temps, poursuit François Silva. Certes, le téléphone portable et Internet se seront imposés en une génération. Les précédentes techniques de la deuxième révolution industrielle (radio, téléphone, télévision, voiture…) avaient effectivement nécessité pour s’imposer au moins deux générations. »

C’est sur ce schéma que les O.E.S. (Organisations de l’Économie Sociale, ndlr) ont évolué et ont installé un E.R.P. (planification des ressources de l'entreprise[3], ndlr) avec un décalage dans le temps par rapport à des entreprises à but lucratif. Mais justement, les O.E.S. ont souvent pris plus de temps pour faire « mûrir » la décision d’installer et surtout pour arriver à un consensus plus général. C’est aussi ce que soulignait encore le directeur des ressources humaines [4] d’une autre mutuelle : « nous avons la volonté que les salariés comprennent bien les transformations dans l’organisation du travail que provoque l’introduction des nouvelles technologies. Nous avons mis du temps, mais cette pédagogie était nécessaire pour les faire adhérer à ces changements. Il s’agit de prendre le temps, mais pas seulement, car c’est aussi bien comprendre ce que cela apporte aux adhérents. » 

Or, l'économie numérique peut effectivement apporter beaucoup, aussi bien aux clients qu'aux gestionnaires de projets. Comme nous avons pu le voir dans ce livre, internet favorise :
- l'équité des chances ;
- l'autoformation en matière de compétences transversales ;
- l'implication de tous (gestionnaires, collaborateurs, clients...) ;
- la créativité ;
- l'esprit d'initiative ;
- l'animation de communautés ;
- la vision systémique ;
- l'esprit collaboratif ;
- l'objectivité et la neutralité.

Autant de savoir-être et savoir-faire cités dans le référentiel de compétences du gestionnaire de l'économie sociale et solidaire.

Internet est donc un formidable outil au service d'un nouveau modèle économique à visage humain. Il est même le plus efficace et le plus pertinent pour hâter une autre gouvernance socio-économique mondiale ; celle dans laquelle s'inscrivent déjà de nombreux porteurs de projets solidaires. Dès ses débuts, cet outil s'est voulu ouvert, libre, émancipateur de citoyenneté. Mais les usages privateurs sont en passe d'en réduire la vocation initiale, en restreignant sa portée à la seule consommation de masse. Il appartient donc à chacun de saisir l'opportunité, toujours présente, d'en libérer l'usage, au service des valeurs de l'économie sociale et solidaire.

Mais tout reste à faire dans la construction d'une société numérique vraiment solidaire. « Loin de donner naissance à une frontière électronique composée de nombreuses petites entreprises, le tournant commercial du cyberespace crée les conditions de la concentration du capital à l'échelle globale », prévient Richard Barbrook, l'un des fondateurs de l'Hypermedia research center de l'université de Westminster, Londres.[5]

« Mais maintenant que les services en ligne deviennent accessibles à la grande masse de la population, la nature collective de la nouvelle société de l'information devient de plus en plus évidente. En politique, la démocratie électronique va être au centre de la relation entre les élus et leurs électeurs. Dans tous les secteurs de l'économie, l'inforoute va bientôt devenir l'infrastructure de base du travail en collaboration, par-delà le temps et l'espace. Cette socialisation de la politique et de l'économie sera la meilleure protection pour la liberté individuelle au sein du cyberespace. Loin d'avoir à s'évader dans une hyper réalité néolibérale, les gens peuvent utiliser les nouvelles technologies numériques pur améliorer leur vie, tant dans le cyberespace que dans le monde extérieur. L'agora électronique reste encore à construire ».

Notes et références

  1. Extrait de Spécificités de management des entreprises de l’économie sociale et solidaire. Ouvrage collectif).
  2. Th. S. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, Flammarion, 1983.
  3. Traduit en français par « progiciel de gestion intégré » (PGI)
  4. Entretien de l’auteur, fin 2011, avec Henri Bignalet, D.R.H. du groupe Audiens.
  5. La liberté de l'hypermédia, une réponse à John Perry Barlow, texte sélectionné dans l'anthologie du « Libre », Libres enfants du savoir numérique, Olivier Blondeau et Florent Latrive, L'Eclat.