Internet, moteur de formation continue

De Wiki livre Netizenship
Révision datée du 12 juillet 2016 à 12:35 par Lissabuttow (discussion | contributions) (copié-collé de la version 1.1. mai 2016 de l'ODT CDN)

Notions-clés : savoir-faire, savoir-être, enseignement, formation continue, formation à distance, autodidacte, citoyenneté numérique, eLearning, compétences transversales, polyvalence, travail d'équipe participation individuelle, Read the funking manual (RTFM).

Profils-clés : ECVET, RTFM, Wikipédia, Stephen Sterling.


Nombreux sont les signaux qui décrivent la rupture de plus en plus marquée entre les modes d'enseignement « traditionnels » et les attentes des élèves. Absentéisme, désaffection pour l'apprentissage, refus de l'autorité, etc.

Dans certaines filières innovantes, comme le cursus d'administration d’entreprise de l'Université fédérale de Salvador de Bahia au Brésil, on renouvelle les pratiques : ce sont les élèves qui assurent les cours. Il n'y a plus de tableau noir, les tables sont grandes et rondes au service de groupes de travail et de partage de savoir. Les enseignants sont présents à titre d'orientateurs, de facilitateurs et de valideurs. Les étudiants peuvent ainsi développer leurs capacités à analyser, à critiquer, à trier, à synthétiser et à restituer la matière étudiée, sous l'œil bienveillant des plus expérimentés.

L'école de demain

En France, selon une étude réalisée par Le Monde de l'éducation1 ainsi qu'une étude réalisée par BVA2 pour France Info, seuls 30 % d'étudiants se disent satisfaits du système éducatif, contre 60 % il y a moins de 20 ans. Il est vrai que l'utilisation d'internet et des outils numériques se développe fort peu à l'école. Dès lors, les natifs numériques supposent, intuitivement, qu'ils apprendront davantage hors du cadre scolaire. La culture participative n'en émerge pas moins, petit à petit, en milieu scolaire. De nombreuses initiatives d'enseignants vont dans le sens des nouveaux paradigmes de la culture numérique : utiliser Wikipedia à l'école, encourager les élèves à partager leurs savoirs sous la supervision du professeur, etc.

Dans cette perspective, l'usage de l'internet tend à se répandre rapidement, grâce à l'interactivité de ses outils. De plus en plus de formations s'effectuent à distance. D'où l'intérêt de développer des compétences « transversales » en culture numérique.

En Europe, 10 % des contenus universitaires traitent de compétences transversales et complémentaires. Néanmoins, pour un étudiant en histoire ou en médecine par exemple, rares sont encore les occasions de participer à l'un de ces cours.

La reconnaissance des autodidactes

Un vaste programme initié dans l'Union européenne dès les années 2000 permet de documenter et de certifier les compétences des autodidactes et des personnes au parcours atypique. Baptisé ECVET (European Credit system for Vocational Education and Training), ce système se développe comme la citoyenneté numérique : lentement et en profondeur. Avec l'ECVET, il devient possible, à tout âge, de faire reconnaître ses acquis au-delà des frontières d'un pays ou des compétences spécifiques d'un métier[1].

Du savoir-faire au savoir-être : place aux compétences transversales

Avant le numérique, l'apprentissage s'effectuait au temps de l'enfance et de l'adolescence. Il fallait alors acquérir quelques compétences de base et se former à un métier dont on ne changerait guère par la suite. La formation continue des adultes était peu développée et rarement mise en valeur.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Au XXIe siècle, changer de métier plusieurs fois dans son existence est devenu courant, voire indispensable. Mieux : nous pratiquerons demain des métiers qui n'existent pas aujourd'hui. Par conséquent, si l'on souhaite trouver sa place à l'ère numérique, rapide et fluctuante, développer des compétences relatives à un métier spécifique (tel que journaliste, électricien ou pilote de ligne) ne suffit plus. Il est désormais essentiel d'être conscient de l'existence des compétences de savoir-être et de se donner les moyens d'y accéder.

Ces nouvelles compétences ont toujours existé, mais dans le monde complexe qui est le nôtre, elles sont devenues incontournables. Elles nous permettent de maintenir un lien avec l'autre, de ne plus nous limiter à une tâche productive mais de nous ouvrir à la remise en question, au partage, à la différence et à la coopération, en transcendant les disciplines. Que l'on soit opticien, dentiste ou livreur à vélo, il faut être capable de gérer des situations de conflit, de se remettre en question, de mettre à jour ses compétences, de participer à des groupes de travail, etc. Sur internet, les compétences transversales sont particulièrement nécessaires. Elles permettent d'apprendre de manière autodidacte et de trouver les bons repères pour ne pas se perdre sur les autoroutes de l'information.

Internet favorise l'apprentissage par l'erreur. Une erreur signalée avec tact incite à la remise en question et à la progression.


Tous polyvalents

Petit extrait d’un entretien préalable à la réinsertion dans une agence pour l'emploi :
La demandeuse d’emploi : « Je ne sais rien faire. J'ai passé les 20 dernières années à m'occuper de mes enfants » .
Le collaborateur de l’agence : « Vous savez utiliser un ordinateur. Cela a de la valeur. Vous avez su planifier les activités de vos enfants, jongler entre la préparation des repas et l'accompagnement aux cours de piano ou de football. Vous avez su gérer les conflits rencontrés pendant leur puberté et maintenir avec eux un lien de confiance. Cela aussi a de la valeur. Ce sont autant de compétences transversales qui vont vous permettre de vous réinsérer dans le monde du travail. »


E-Learning

Si la formation à distance (alias « e-learning ») est en plein essor, il reste toutefois beaucoup à faire pour qu'étudiants et enseignants deviennent vraiment partenaires et ne limitent pas leur usage des ordinateurs au transfert de documents électroniques. Le jour où les systèmes éducatifs auront pour objectif de contribuer à améliorer le patrimoine commun des connaissances de l'humanité, un grand pas en avant aura été accompli. Des plateformes internet conçues dans l'esprit de Wikipedia permettront alors à tous les corps de métiers de débattre et de confronter leurs pratiques. Ce n'est pas une utopie. À une échelle modeste, le changement est déjà en marche. Notons que pour la mise en œuvre des systèmes de e-learning, un grand nombre d'organisations se basent sur des systèmes non libres, qui excluent de fait la possibilité à certains utilisateurs d'en faire usage et, à tous, de contribuer à leur amélioration. Il existe des solutions libres, qui ne demandent qu'à être perfectionnées si leurs fonctionnalités sont encore trop limitées.

Nouveau code culturel : le RTFM

L'évolution numérique a suscité l'émergence d'un nouveau code culturel bien spécifique, baptisé RTFM, autrement dit Read The Fucking Manual (en français plus châtié : Relis Ton Fichu Manuel). L'expression s'impose lorsque quelqu'un lance une question sans avoir au préalable, pris le temps d'effectuer une recherche sur internet, pour vérifier si la réponse y était déjà accessible. Répondre alors RTFM, c'est signifier en substance : « Mon cher ami, développe tes compétences d'autoformation, en ayant le réflexe de chercher par toi-même pendant un petit moment, avant de poser la question à quelqu'un, car la réponse, tu peux la trouver toi-même facilement. » Le RTFM reste peu utilisé en dehors du monde des informaticiens, mais il traduit l'importance croissante du développement des compétences transversales. Il témoigne par ailleurs d'une fin de non-recevoir délivrée à toute personne cultivant une logique d'assistanat, c'est-à-dire qui attend l'aide de l'extérieur, fonctionnant sur l'énergie d'autrui et non sur ses propres ressources intérieures.

Voici quelques exemples concrets de capacités transversales :

Compétences fondamentales :
- maîtriser les moyens de communication ;
- gérer l'information ;
- utiliser les chiffres ;
- maîtriser le processus de résolution des problèmes.

Habiletés pour le travail d'équipe :
- travailler avec les autres ;
- savoir transmettre une information.

Compétences en gestion personnelle :
- participer à des projets et accomplir des tâches ;
- adopter une attitude et une conduite positive ;
- s'adapter facilement ;
- apprendre de façon continue ;
- travailler en toute sécurité.


Compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie[2] - Communication dans la langue maternelle ;
- communication en langues étrangères ;
- compétences mathématiques et compétences de base en sciences et technologies ;
- compétences numériques ;
- capacité d'apprendre à apprendre ;
- compétences sociales et civiques ;
- esprit d'initiative et d'entreprise ;
- sensibilité et expression culturelles.

Les 10 aptitudes les plus prisées par les employeurs

  • Habileté analytique ;
  • flexibilité et talents variés ;
  • aptitudes interpersonnelles ;
  • aptitudes à la communication orale et écrite ;
  • organisation, planification ;
  • gestion du temps ;
  • enthousiasme, motivation ;
  • qualités de chef (leadership) ;
  • faire preuve d'initiative et de dynamisme ;
  • esprit d'équipe.[3]

Devenir acteur de la société de l'information favorise l'acquisition de ces différents savoir-être. Par exemple, en prenant des responsabilités de modération sur un blog collectif.


Le travail aujourd'hui
  1. Plus d'informations sur europe-education-formation.fr
  2. Plus d'informations sur ec.europa.eu
  3. Currie. Compétences transversales. 1991, cité par australie.uco.fr.