Vers une économie moins exclusive : Différence entre versions

De Wiki livre Netizenship
m
(Vision de société)
Ligne 78 : Ligne 78 :
 
# de responsabilité sociale et de transparence par l'équité des chances dans les entreprises privées et institutions publiques.
 
# de responsabilité sociale et de transparence par l'équité des chances dans les entreprises privées et institutions publiques.
  
Au final, il est bien possible que les valeurs et principes de fonctionnement sous-tendus par l'expression « libre » s'imposent naturellement. Car l'essayer c'est l'adopter. Cela demande une certaine rupture avec des habitudes anciennes, un effort comparable à celui de changer de pays, de langue et de culture, tout en restant soi-même, mais c'est possible, à tout âge, quelles que soient son origine et son histoire.
+
Au final, il est bien possible que les valeurs et principes de fonctionnement sous-tendus par l'expression « libre » s'imposent naturellement. Car l'essayer, c'est l'adopter. Cela demande une certaine rupture avec des habitudes anciennes, un effort comparable à celui de changer de pays, de langue et de culture, tout en restant soi-même, mais c'est possible, à tout âge, quelles que soient son origine et son histoire.
  
 
Si ces comportements émergents de la culture numérique sont évidents pour certains pionniers, cela reste très nouveau et intimidant pour la plupart ; mais pas impossible. En 1960, la plupart des humains vivait dans des colonies, les femmes n'avaient pas le droit de vote. La conscience émerge. Les choses changent.
 
Si ces comportements émergents de la culture numérique sont évidents pour certains pionniers, cela reste très nouveau et intimidant pour la plupart ; mais pas impossible. En 1960, la plupart des humains vivait dans des colonies, les femmes n'avaient pas le droit de vote. La conscience émerge. Les choses changent.

Version du 17 juillet 2014 à 15:56

communauté, business model, partage, choix politique, économie sociale et solidaire.


L'adoption des libertés fondamentales de la culture Libre a des applications diverses. Par exemple, la mise à disposition des codes génétiques de plantes traditionnelles ou alors l'accessibilité à des recettes médicales utiles pour combattre des maladies largement répandues. Une fois « libérées », ces recettes deviennent patrimoine de l'humanité. C'est l'essence même du combat pour éviter la marchandisation de la nature, pour adopter une économie dite sociale et solidaire, au service de l'homme.

Face à cette évolution, les détenteurs de brevets sur le vivant avancent l’argument des sommes considérables qu’ils ont investies dans la recherche. Les artistes invoquent la nécessité de toucher des redevances pour couvrir leurs frais ou simplement reconnaître leurs talents.

Mais maintenant, il existe une solution alternative pour prévenir ces contradictions : commencer à partager dès le début, avant d'investir trop de temps ou d'argent dans un projet. C'est une nouvelle culture à adopter.

C'est ce qui se passe sur Wikipédia, un des grands symboles de la culture Libre. Et cela se passe aussi au sein de milliers de communautés en ligne qui partagent des recettes sur les semences et les plantes médicinales, la création de musiques électroniques ou les plans architecturaux de maisons écologiques.

Nous voilà au cœur de l'enjeu de la société de l'information : les comportements individuels et collectifs, du fait des propriétés du numérique, tendent vers l'adoption généralisée des principes de fonctionnement du Libre. C'est déjà le cas avec l'encyclopédie Wikipédia (5e site le plus visité au monde en 2011), avec GNU/Linux (logiciel qui tourne sur la majorité des serveurs web sur Terre), avec Firefox (navigateur web utilisé par environ 30 % des internautes mondiaux), etc. Cette évolution est donc déjà effective. Cela matérialise petit à petit une nouvelle économie, basée sur des principes bien différents des précédents, avant l'arrivée du numérique.

Notons une convergence entre les principes véhiculés par la notion Libre dans le domaine immatériel et ceux véhiculés par la notion de durable dans le domaine matériel. Considérant que ces domaines libres sont un terreau fertile pour de nouveaux modèles économiques, des visionnaires contribuent à identifier et promouvoir de nouveaux modes de production et de diffusion des créations. Cette vision est notamment à l'œuvre dans l'économie sociale et solidaire.

Voici une synthèse de l'impact du numérique sur le monde du travail :

Entreprise 1.0 Entreprise 2.0 Entreprise 3.0
Organisation hiérarchique Organisation horizontale (mode projet) Organisation horizontale et élargie avec crowdsourcing
Cloisonnement Participation Participation avec développement de toutes les formes possibles de télétravail
Procédures complexes et rigidité Procédures simples et flexibilité Procédures simples et intelligemment améliorables et flexibilité
Relation hiérarchique Relation entre tous Relation entre tous et à tout moment grâce aux outils nomades connectés
Information gardée Information partagée Information partagée et qualifiée selon sa signification (web sémantique)
Outils du web 1.0 : mél, site institutionnel, etc. Outils de type réseaux sociaux d’entreprise Réseaux sociaux d’entreprise + univers virtuels 3D
Formations classiques en présentiel E-learning E-learning à la demande sur des points précis grâce à la qualification des données

Partage versus exclusivité

Le schéma suivant décrit les deux tendances : celle du partage et de l'ouverture d'une part, de l'autre, celle de l'exclusivité et du cloisonnement. Dans les faits, la frontière qui les sépare est floue, car nous sommes en phase de transition globale. Le modèle du Libre est déjà largement défini et documenté, mais il reste compris uniquement par une minorité. Cependant, une fois qu'il est intégré ou expérimenté, rares sont les utilisateurs qui reviennent en arrière.

Etape de vie d'une information Modèle de gestion à tendance exclusive Modèle de gestion à tendance de partage
Ce qui conditionne le tout : la conception et le développement de l’œuvre Dopage, spéculation, grands espoirs, secret de fabrication, compétition. Développement organique, petit à petit, modeste (« dans son garage »), ouvert, coopératif.
Une fois mon œuvre créée, quel mode de gestion et quelle licence seront les plus efficaces ? Contrôle basé sur l’exclusivité, création d’une pénurie artificielle, cession des droits des auteurs à des promoteurs/éditeurs. Confiance basée sur quatre libertés fondamentales, reconnaissance des auteurs à chaque étape de contribution, toutes les évolutions sont possibles.
Quel mode de diffusion de l’œuvre ? Concurrence, bénéfice à court terme, vente du droit d’usage d’un produit Coopération et compétition constructive (alias coopétition), vente du service autour d’un produit (conseil, formation, adaptations sur-mesure, veille)
Quel impact social, culturel et économique global dans la société de l'information ? Dynamique de :

- hiérarchie de statut ;
- discrimination ;
- rétention d'informations (pénurie artificielle).

Dynamique de :

- hiérarchie de compétences ;
- non-discrimination ;
- ouverture de l'information (abondance).

Vision de société

Face à une culture omniprésente des informations à usage exclusif, le Libre offre une autre tendance fondamentale dans les grands choix de société. Sur le web, libre versus privateur, ou libre versus propriétaire, fait l'objet d'un nombre incalculable de sources, débats, définitions, projets, qui tous ont pour point commun les quatre libertés fondamentales.

La « libération » des différents moyens d'expression favorise l'émergence de principes de fonctionnement et de cercles vertueux pour les relations socio-économiques :

  1. d'accès équitable pour tous à l'information et aux médias ;
  2. d'expression du bien commun par le partage des connaissances sans discrimination (ni sur les usages ni sur les usagers) ;
  3. d'éthique de la communication dans un esprit de développement durable ;
  4. de responsabilité sociale et de transparence par l'équité des chances dans les entreprises privées et institutions publiques.

Au final, il est bien possible que les valeurs et principes de fonctionnement sous-tendus par l'expression « libre » s'imposent naturellement. Car l'essayer, c'est l'adopter. Cela demande une certaine rupture avec des habitudes anciennes, un effort comparable à celui de changer de pays, de langue et de culture, tout en restant soi-même, mais c'est possible, à tout âge, quelles que soient son origine et son histoire.

Si ces comportements émergents de la culture numérique sont évidents pour certains pionniers, cela reste très nouveau et intimidant pour la plupart ; mais pas impossible. En 1960, la plupart des humains vivait dans des colonies, les femmes n'avaient pas le droit de vote. La conscience émerge. Les choses changent.

Pour ceux qui souhaitent approfondir cette réflexion pour l'appliquer dans les projets, il est possible d'y aller en douceur, à petit pas, en adoptant des licences semi-libres, en apprenant à tracer des barrières mobiles mais claires, entre ce qui est à partager comme les recettes ou l'infrastructure informatique, et ce qui est à garder privé en usage exclusif ou secret, comme le logo et le nom de l'entreprise, la comptabilité voire certains plans stratégiques d'entreprises. Mais les innovations et la créativité, elles, seront mieux mises à profit en utilisant les licences libres... Pour autant que la culture pour bien les appréhender soit acquise et pratiquée par la majorité des participants à la communauté dans ces entreprises.

Let's « Co » !

Le phénomène collaboratif (hérité du modèle du bazar) influence profondément nos organisations (groupes humains, associations, collectivités, mouvements politiques, entreprises, etc.). « L’émergence du web participatif facilite la mise en réseau et encourage la transparence des échanges : cette logique imprègne peu à peu notre façon de penser, d’agir, de consommer (mouvement de « consommation collaborative » qui nous incite à covoiturer, cotravailler, « louer citoyen », etc.), mais aussi d’entreprendre (dépasser la logique de compétition), de militer et de manager », expliquent les auteurs de Vive la Co-Révolution, Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot.[1]

Cette tendance en pleine expansion bouleverse en profondeur les relations socio-économiques. Ainsi, la transition n'est pas forcément aisée pour certains secteurs d'activité. Par exemple, les agences de voyage traditionnelles sont mises en difficulté par ce web participatif qui permet aux internautes de choisir et noter eux-mêmes leurs destinations sur des sites collaboratifs. Plus besoin de consulter les experts du voyage. Chacun peut s'en remettre à ses pairs (les autres voyageurs) pour organiser au mieux un séjour. Souvent à un coût moindre. D'où l'importance d'anticiper les changements liés à l'économie numérique, dont les répercussions touche de plein fouet l'économie traditionnelle. La vie chère laisse place à la vie share (mot anglais qui signifie « partage »). Mieux vaut s'y préparer.

Crise de remise en question, alias CREQ

Commencer à pratiquer les modèles socio-économiques du Libre, c'est souvent les adopter. Mais pour y parvenir, il faut faire un gros effort. Au début, non seulement on ne comprend pas bien, mais il n'est pas étonnant que l'on ressente de la répulsion face à ces nouvelles dynamiques. Il faut en effet à cette occasion, remettre en question la vision qu'on avait de la propriété des idées, du mode de développement d'un produit ou d'un projet et de la manière d'échanger avec ses semblables.

L'écrivain Bernard Werber [2] décrit ainsi cette profonde crise de remise en question, alias CREQ :

« L’homme est en permanence conditionné par les autres. Tant qu’il se croit heureux, il ne remet pas en cause ces conditionnements. Il trouve normal qu’enfant on le force à manger des aliments qu’il déteste, c’est sa famille. Il trouve normal que son chef l’humilie, c’est son travail. Il trouve normal que sa femme lui manque de respect, c’est son épouse (ou vice-versa). Il trouve normal que le gouvernement lui réduise progressivement son pouvoir d’achat, c’est celui pour lequel il a voté.

Non seulement il ne s’aperçoit pas qu’on l’étouffe, mais encore il revendique son travail, sa famille, son système politique et la plupart de ses prisons comme une forme d’expression de sa personnalité. Beaucoup réclament leur statut d’esclave et sont prêts à se battre bec et ongles pour qu’on ne leur enlève pas leurs chaînes.

Pour les réveiller il faut des CREQ, « Crises de Remise En Question ». Les CREQ peuvent prendre plusieurs formes : accidents, maladies, rupture familiale ou professionnelle. Elles terrifient le sujet sur le coup, mais au moins elles le déconditionnent quelques instants. Après une CREQ, très vite l’homme part à la recherche d’une autre prison pour remplacer celle qui vient de se briser. Le divorcé veut immédiatement se remarier. Le licencié accepte un travail plus pénible…

Mais entre l’instant où survient la CREQ et l’instant où le sujet se restabilise dans une autre prison, surviennent quelques moments de lucidité où il entrevoit ce que peut être la vraie liberté. Cela lui fait d’ailleurs très peur. »

C'est pour cette raison que la transition d'un modèle d'exclusivité à un modèle de partage s'effectue par à-coups, par sauts de puce, comme autant de petites secousses, selon le principe deux pas en arrière (stress, peur), trois pas en avant (remise en question, ouverture). Le mouvement « Open Source », par son approche pragmatique et économique, c'est à dire moins idéaliste ou politique que le mouvement Libre, semble jouer un rôle de facilitateur de cette transition.

Notes et références

  1. Vive la co-révolution ! Pour une société collaborative. Stephane Riot et Anne-Sophie Novel, Editions alternatives, Juillet 2012.
  2. Article sur les CREQ sur le site ESRA