Du citoyen au netoyen : Différence entre versions

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''E-environnement, citoyen, netoyen, cybercitoyenneté, conscience, culture.''
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'''Notions-clés :''' ''E-environnement, citoyen, netoyen, cybercitoyenneté, conscience, culture.''
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'''Profils-clés :''' ''Laura Timonen, Vilma Luoma-aho.''
 
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Dans une jolie chocolaterie d'un quartier chic du centre-ville de Genève, un petit panneau rédigé en chinois stipule une étrange consigne : « Veuillez s'il vous plaît ne pas cracher par terre ». Pourquoi ce message, et pourquoi en chinois ? Parce qu’en Chine cracher par terre est une pratique courante – dans la rue, mais aussi dans les transports publics et dans les magasins. En Suisse, cet acte culturel est vécu comme une incivilité, principalement en raison de critères hygiéniques.
 
Dans une jolie chocolaterie d'un quartier chic du centre-ville de Genève, un petit panneau rédigé en chinois stipule une étrange consigne : « Veuillez s'il vous plaît ne pas cracher par terre ». Pourquoi ce message, et pourquoi en chinois ? Parce qu’en Chine cracher par terre est une pratique courante – dans la rue, mais aussi dans les transports publics et dans les magasins. En Suisse, cet acte culturel est vécu comme une incivilité, principalement en raison de critères hygiéniques.

Version du 24 février 2015 à 11:30

Notions-clés : E-environnement, citoyen, netoyen, cybercitoyenneté, conscience, culture.

Profils-clés : Laura Timonen, Vilma Luoma-aho.


Dans une jolie chocolaterie d'un quartier chic du centre-ville de Genève, un petit panneau rédigé en chinois stipule une étrange consigne : « Veuillez s'il vous plaît ne pas cracher par terre ». Pourquoi ce message, et pourquoi en chinois ? Parce qu’en Chine cracher par terre est une pratique courante – dans la rue, mais aussi dans les transports publics et dans les magasins. En Suisse, cet acte culturel est vécu comme une incivilité, principalement en raison de critères hygiéniques.

Cracher.jpg

Mettons-nous maintenant à la place d’un citoyen du net averti : il a conscience qu'envoyer une pièce jointe en format .doc peut poser problème à certains destinataires qui n'ont pas opté pour un traitement de texte sous licence propriétaire. Ils pourraient donc ne pas pouvoir accéder au contenu. Notre citoyen du net sait également qu'envoyer un courriel à tous ses contacts sans utiliser la fonction copie cachée constitue également un manque de respect de la vie privée et peut favoriser la propagation des virus informatiques. Il a intégré le fait qu'écrire tout un message en majuscules équivaut à crier, ce qui n’est pas spécialement courtois.

Ce citoyen du net contemple ainsi avec dépit et surprise le comportement des internautes qui n'ont pas développé la même culture que lui. Exactement comme nous regardons, effarés, les Chinois qui crachent par terre dans les chocolateries.

Cette histoire est une certaine forme de caricature pour souligner les chocs culturels. Les « Chinois cracheurs » n'ont pas conscience qu’ils choquent les étrangers. De même, les internautes faisant preuve d’incivilité numérique n'ont pas conscience de la détérioration qu'ils imposent à l'espace de l'information publique.

Aujourd'hui la culture de la citoyenneté semble aujourd'hui en bon développement. Chacun-e est citoyen-ne d'un état géographiquement délimité. Le citoyen a aussi des droits et des devoirs. Le mot « citoyen » a même connu une nette progression de sa popularité au cours des dernières années, au point de se décliner désormais dans de multiples expressions (« actions citoyennes », « comportements citoyens »,...) qui reviennent de plus en plus souvent dans les discours politiques et ceux des collectivités[1]. Mais cette citoyenneté s’est banalisée et certains en viennent à oublier les devoirs élémentaires qu'elle requiert.

Ainsi, dans les démocraties modernes, tout le monde – ou presque[2] – a aujourd’hui le droit de vote. C'est un fait acquis. Est-ce pour cette raison que les taux de participation aux élections ne cessent de faiblir d’un vote à l’autre ?[3] Les avantages de la citoyenneté sont-ils solubles dans sa généralisation ? On ne peut nier que la crise de la représentation qui atteint toutes les démocraties modernes contribue elle aussi au désintérêt apparent pour la citoyenneté. Le citoyen tend à perdre confiance dans des institutions discréditées par différents errements, dysfonctionnements et scandales.

Ces dix dernières années, un nouveau type de citoyenneté s'est développé sur Internet. Il peut être considéré comme le prolongement, voire l'approfondissement de la citoyenneté classique. Certains utilis'acteurs des outils numériques ont en effet compris tout l’intérêt que pouvait représenter la lancement rapide et à grande échelle d’actions citoyennes. Cette culture de la citoyenneté numérique, que l'on pourrait appeler netoyenneté, se développe elle aussi par étapes successives.

Ainsi, le grand public n'a pas encore pris toute la mesure de l'amplification que les nouveaux réseaux pouvaient offrir à la citoyenneté. Certains utilisateurs, encore plongés dans une phase de fascination ludique devant des objets – d'une grande complexité technologique – qui leur font face, n’en exploitent pas les potentialités.

Or, pour devenir un netoyen, il ne suffit pas de se poser en usager passif, il faut se vouloir également contributeur. Internet est devenu un rouage incontournable du fonctionnement de nos sociétés. Dès lors, la citoyenneté numérique s'impose à tout citoyen responsable. La citoyenneté numérique a pour vocation d'affirmer et de mettre en œuvre le droit des générations futures à accéder à des conditions de vie décentes et convenables. Elle agit pour le bien commun. Elle est issue d'une prise de conscience et d'un développement de l'esprit critique. Chacun est acteur de la société : son action sur les technologies aura un impact, positif ou négatif, mais jamais neutre. La citoyenneté classique ou numérique fait appel à la responsabilisation de chacun. Le partage des connaissances et la mutualisation des moyens, amplifiés par les outils numériques, permettront le traitement rapide et puissant d'enjeux et de problématiques démocratiques redynamisés.

Laura Timonen et Vilma Luoma-aho ont analysé l'évolution citoyenne depuis la Grèce Antique jusqu'à l'ère numérique. Elles ont publié leur résultats sous la forme d'un tableau récapitulatif (ici traduit de l'anglais)[4].

Evolution des attentes et des définitions citoyennes

Type de citoyenneté
Particularités de cette citoyenneté
Grèce Antique
Seuls les hommes libres peuvent être actifs politiquement. Ils considèrent la citoyenneté comme un privilège.
Libéralisme
Relation individuelle avec l’État. L'accent est mis sur les droits citoyens. L’État est garant de ces droits.
Communautarisme
L'accent est mis sur la communauté, la participation et l'identité commune. La communauté s'auto-gouverne.
Vision tripartite de Marshall
Une division doit être opérée entre les droits civils, politiques et sociaux.
Globalisation
Va au-delà de l’État-nation et entrevoit peut-être une citoyenneté civile globale. Protection des consommateurs. Investissements éthiques.
Ère numérique
Citoyenneté numérique (netoyen), technologique, urbaine, culturelle, écologique.


Tableau des comportements citoyens et netoyens

Contexte
Action Citoyenne
Action netoyenne
Écologie
Trier ses déchets. Ne pas envoyer de pièces jointes trop volumineuses. N'imprimer que si c'est vraiment nécessaire.
Respect des choix d'autrui
Utiliser un langage non-discriminatoire[5] qui ne stigmatise pas ceux ayant des choix et des pratiques différentes des nôtres. Utiliser des formats ouverts pour les échanges d'informations par voie électronique.
Économiser les ressources de l'écosystème
Ne pas gâcher l'eau, l'électricité et toutes les ressources naturelles. Ne pas dupliquer des contenus là où un simple lien suffirait, ne pas télécharger des documents dont on n'a pas l'utilité, envoyer un lien vers une ressource plutôt que le document lui-même à plusieurs destinataires.
Respect des travailleurs
Acheter des marchandises issues du commerce équitable. Acheter des équipements électroniques dont les concepteurs respectent les droits des travailleurs.
Mobilisation
Manifester devant une centrale nucléaire. Élire le gouvernement de la ou des communautés thématiques dans lesquelles on contribue (Wikipedia, Debian, Creative Commons...).
Contribution
Ramasser une bouteille vide sur une plage. Corriger une faute dans Wikipedia ou écrire un courriel à l'auteur d'une page comportant des erreurs.
Intégration
Participer à l'intégration harmonieuse et à l'instruction civique des jeunes et des nouveaux arrivés (immigrés, nouveaux installés,...)

Rédiger des documents remis à tout nouvel arrivant afin qu'il puisse trouver ses repères.

Participer à l'intégration harmonieuse et à l'eCulture des jeunes et des migrants numériques.

Rédiger collaborativement des documents remis à tout nouvel internaute afin qu'il puisse trouver ses repères.

Débattre
Participer aux réflexions et débats sur le devenir de son quartier, de sa ville, de sa région ou de la Terre. Participer aux réflexions et débats sur le devenir de sa communauté en ligne, des sites relatifs ou d'internet.
Revendication
Initier ou signer une pétition. Initier ou signer une ePétition.

Notes et références

  1. Béatrice Canel Depitre, Développement durable et comportement citoyen du consommateur, Conférence sur les tendances marketing en Europe, Université Ca' Foscari de Venise, 2000.
  2. Wikipédia. Droit de vote des étrangers (consulté le 24.07.14), 2010.
  3. Thomas Laberge, Pourquoi si peu de jeunes exercent-ils leur droit de vote?, come4new.com, 2010.
  4. www.jyu.academia.edu
  5. Exemple de langage non-discriminatoire : le langage épicène